{"id":31,"date":"2012-02-25T19:33:24","date_gmt":"2012-02-25T18:33:24","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.riadhoudou.com\/?p=31"},"modified":"2024-09-05T19:41:49","modified_gmt":"2024-09-05T17:41:49","slug":"premiere-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.riadhoudou.com\/index.php\/2012\/02\/25\/premiere-fois\/","title":{"rendered":"Premi\u00e8re fois"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"225\" src=\"https:\/\/blog.riadhoudou.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/eric-did-anes-copie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-32 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous avons d\u00e9couvert le Maroc, sept ans plus t\u00f4t, nous savions qu&rsquo;un jour nous y vivrions, en tout cas moi je le savais. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9couverte d&rsquo;un pays peut provoquer autant de bouleversements qu&rsquo;une rencontre amoureuse.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Marrakech, j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 un sentiment de familiarit\u00e9. Nos comportements \u00e9taient justes. Les paroles, les gestes et le situations allaient de soi. Le vacarme de la circulation, les odeurs, le r\u00e9veil par le chant du muezzin, le harc\u00e8lement des commer\u00e7ants, tout ce qui aurait pu \u00eatre agression se transformait en qui\u00e9tude, parfum, m\u00e9lodie et hospitalit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous rejoignions la cousine d&rsquo;Eric qui logeait chez les s\u0153urs d&rsquo;une amie. Accueillis et int\u00e9gr\u00e9s chez cette fratrie f\u00e9minine, nous avons eu la chance d&rsquo;aborder le Maroc de l&rsquo;int\u00e9rieur. Evoluant dans un milieu modeste, elles ne cessaient pourtant de rire et de vouloir nous \u00eatre agr\u00e9ables. L&rsquo;une d&rsquo;entre elle s&rsquo;amusait de ne pas \u00eatre reconnue par nous lorsque, pour sortir, elle avait rev\u00eatu le hijab. Ce qui chez nous \u00e9tait diabolis\u00e9 devenait plaisanterie et distanciation. L&rsquo;autre s&rsquo;\u00e9tonnait que je comprenne des mots d&rsquo;arabes (<em>chouia, bezef,<\/em>etc.). Ces mots qui auraient pu en France prendre une valeur populaire se dotaient ici de signes de richesse et de partage. Leur gentillesse, leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et leur bonne humeur nous ont introduits dans une ambiance qui allait se r\u00e9p\u00e9ter au fil des rencontres. Nous avons retrouv\u00e9 de valeurs que nous avions perdues ou oubli\u00e9es. C&rsquo;est un sentiment qui finalement est assez fr\u00e9quent d\u00e8s lors que l&rsquo;on voyage dans les pays dits pauvres, \u00e9mergents ou autre \u2013 nous avons d&rsquo;ailleurs v\u00e9cu cela, multipli\u00e9, en Inde. Cependant, c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 un peu notre premi\u00e8re fois et le sentiment de revenir sur un territoire perdu \u00e9tait pr\u00e9gnant, celui de l&rsquo;enfance en ce qui me concerne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ayant grandi dans la ville ouvri\u00e8re de Berre l&rsquo;\u00e9tang, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t confront\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;immigr\u00e9s nord-africains. Dans ma classe, il y avait beaucoup de Marocains et surtout d&rsquo;Alg\u00e9riens. Je ne vais pas revenir sur le racisme qui gangr\u00e8ne les Bouches-du-Rh\u00f4ne. Cependant, les Mohamed, Farida, Salima ou Rachid \u00e9taient souvent ostracis\u00e9s. Ils pouvaient aussi \u00eatre agressifs. Comment ne pas l&rsquo;\u00eatre, lorsque parfois leurs p\u00e8res avaient fr\u00e9quent\u00e9 des foyers sonacotra? Je croyais d&rsquo;ailleurs, quand j&rsquo;\u00e9tais tout enfant, que les hommes qui y s\u00e9journaient \u00e9taient des simples d&rsquo;esprit. Ignorance qui est bien r\u00e9v\u00e9latrice du foss\u00e9 qui pouvait s\u00e9parer des \u00ab\u00a0arabes\u00a0\u00bb \u2013 c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on les d\u00e9signait alors \u2013 de \u00ab\u00a0bons petits Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Ils \u00e9taient \u00e0 la fois des proches et des \u00e9trangers. Une part de moi a toujours envi\u00e9 leur verve et leur esprit clanique. Moi aussi souvent mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, j&rsquo;\u00e9tais sensible \u00e0 leur esprit de groupe. En arrivant en terre marocaine, j&rsquo;ai eu le sentiment de rattraper le temps perdu, de retrouver de vieux amis que je n&rsquo;avais pas toujours eu la chance de conna\u00eetre. Ils avaient pu \u00eatre des ennemis, ils devenaient familiers. Tout une culture s&rsquo;ouvrait \u00e0 moi.&nbsp;L&rsquo;occasion r\u00eav\u00e9e de rompre avec un h\u00e9ritage colonialiste, de se confronter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 afin d&rsquo;effacer les pr\u00e9jug\u00e9s. Un jour, j&rsquo;ai appris que Zouina n&rsquo;\u00e9tait pas seulement un pr\u00e9nom bizarre mais signifiait aussi en arabe \u00ab\u00a0belle\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9couverte m&rsquo;a rendu triste. Cette petite fille dont on se moquait \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9, par la transmission de ses parents, un tr\u00e9sor. La b\u00eatise s&rsquo;effa\u00e7ait au profit de la po\u00e9sie de la langue. &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce voyage fut celui du d\u00e9passement, comme par exemple ce trek dans la vall\u00e9e du Dad\u00e8s. Les paysages \u00e9taient magnifiques. Nous avons dormi dans des grottes avec une famille d&rsquo;anciens nomades devenus s\u00e9dentaires. En plein d\u00e9sert, le soir le p\u00e8re racontait \u00e0 ses enfants des histoires que nous ne comprenions pas, mais qui nous reliaient \u00e0 la terre, \u00e0 l&rsquo;instant et \u00e0 la simplicit\u00e9. R\u00e9aliser que des personnes vivaient ainsi, loin de la civilisation m&rsquo;a paru magique. Des enfants \u00e9merveill\u00e9s par le retour de leur p\u00e8re, sous les \u00e9toiles pr\u00eats \u00e0 boire ses paroles au lieu d&rsquo;\u00eatre hypnotis\u00e9s par le poste de la t\u00e9l\u00e9. Le r\u00e9veil avec le soleil. Le partage de figues qu&rsquo;il avait ramass\u00e9 \u2013 et dans ces cas l\u00e0 peu importe que celles-ci aient \u00e9t\u00e9 lav\u00e9e \u00e0 l&rsquo;eau non potable! La marche silencieuse dans le d\u00e9sert. Seul&nbsp;<em>Gerry<\/em>&nbsp;de Gus Van Sant m&rsquo;a fait revivre ces instants. Sans ostentation mais avec beaucoup de douceur, la nature et les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9ployaient tout leur sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons certes v\u00e9cu le Maroc touristique, mais avec conscience et amusement. Nous avons rencontr\u00e9 celui rural dont la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 nous a nourri.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je finissais ce voyage diff\u00e9rent, r\u00e9alisant que j&rsquo;\u00e9tais capable de simplicit\u00e9 et d&rsquo;ouverture, d\u00e9tach\u00e9 du para\u00eetre et reli\u00e9 avec l&rsquo;essentiel de moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au retour, atterrissant \u00e0 Lyon, nous n&rsquo;avons pas trouv\u00e9 d&rsquo;h\u00f4tel. Nous avons alors dormi sur des bancs, nos sacs \u00e0 dos en guise d&rsquo;oreillers. En face de nous, un habitu\u00e9 sommeillait. Cette situation, qui aurait provoqu\u00e9 auparavant de l&rsquo;\u00e9nervement, nous a rempli d&rsquo;apaisement. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand nous avons d\u00e9couvert le Maroc, sept ans plus t\u00f4t, nous savions qu&rsquo;un jour nous y vivrions, en tout cas moi je le savais. \u00a0 La d\u00e9couverte d&rsquo;un pays peut provoquer autant de bouleversements qu&rsquo;une rencontre amoureuse. D\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Marrakech, j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 un sentiment de familiarit\u00e9. Nos comportements \u00e9taient justes. 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