On trouve de tout au bon coin


L’expérience avec le site marchand Le Bon Coin date maintenant depuis près de trois mois. Cependant, cette relation a alimenté de nombreuses journées et a même été déterminante dans l’organisation du départ au Maroc

L’appartement

Ni Eric ni moi ne connaissions ce site. Sa maquette affreuse ne m’aurait de toute façon jamais accroché. Lorsqu’Olivier nous l’a conseillé pour vendre notre appartement parisien afin d’éviter tout intermédiaire, nous y avons à peine cru. Pourtant la première personne à le visiter fut la première à l’acheter et elle venait grâce au Bon Coin. Sa décision a même précipité nos projets de départ !

Ce site, sans commission, se présentait comme une mine pour nous débarrasser de tout ce que nous ne voulions pas prendre avec nous à Marrakech.

Tout vendre ainsi à bas prix nos meubles, bibelots, etc. a été un acte grisant et libérateur. Ne pas s’embarrasser du matériel était un moyen de se détacher de la notion de capitalisation. C’était cependant sans compter sur un mode de consommation alternatif mais tout aussi complexe et frénétique. Tout le monde fréquente Le Bon Coin, les doux dingues comme les fous furieux, les acheteurs compulsifs et ceux raisonnés, les sérieux et les sympathiques. Alors, le Bon Coin creuset de la societé actuelle ? Oui. Reflet des plus bas instincts des gens ? Egalement.

La preuve en quelques rencontres saillantes.

L’appât au congélateur

Nous ne savions pas si notre gros congélateur passerait la porte puisque, lors de notre aménagement, il était entré, comme le reste des meubles par la fenêtre. Mis au prix de 25 euros, il était, selon Eric, le moyen d’appâter les acheteurs sur tous nos autres objets. Il suffisait de dire qu’il était vendu, mais qu’il restait le réfrigérateur, le sèche-linge, le lave-vaisselle, etc.

Dès sa mise en ligne, les appels les plus saugrenus et empressés n’ont pas tardé, de l’acheteur qui affirmait vouloir faire le pied de grue devant l’appartement pour l’obtenir à celui qui proposait le double. Le jour J fixé, Eric sacoche de monnaie arrimée à son pantalon avait transformé l’appartement en vide grenier en étiquetant chaque objet. Il y a eu du passage, des ventes faites mais le raz-de-marée escompté n’a pas eu lieu…

Le premier acheteur à se manifester n’a pas daigné monter les six étages pour récupérer le congélateur. Il attendait que je le lui descende… Le ton était donné.

Le kif informatique

Un vieux Dell à 35 euros avec pochette a donné lieu à un échange de SMS ici retranscrit mot pour mot :

9 février 15 h 09

LUI : bonjour je sui interesé par votre anons sur le bon coin dordi portable jaimerai lavoir pour mon anniversaire en mars. jesper kil fonctionn tou a fé ? et si vou le seul c kolbien ?

Moi : Bonjour. Il fonctionne. Cela dit c’est un vieil ordi donc pas très rapide. Et je ne le vends pas seul. Cdt

15 h 51

Lui : merci. je pourrai lacheter ke ? pour moidans 2 ou 3 semaine c bon si il cote 25 euro (il est vieu et len et pour mon cado danniversaire vous pourez me faire un prix silvouplai ???

Moi : Non désolé et apriori quelqu’un est déjà preneur

Lui : de koi kekin deja ? ou sino si il coute 30 euro dans 3 semaine ou o 7 mars ? il coute combien ?

Moi : 35 euros

Lui : ya personne ki la achete ? ba vou pouvez me le gardez svp ? je ne pe pas avoir largent plu to chui en train deconomisee pour les avoir quand je les ai je penserez direstelent a votre ordi il est len komen (kombien de tem pour kil sallum parce ke yen a 1 a 30 euro et jesite kel est le meilleure

16 h

Moi : Svp laissez tomber

Lui : ok a dieu

18 h 50

Lui : dan vorte odri y internet et word office (pour écrire des texte) si y a jachete parce ke jachete plus pour lecole

19 h 14

Lui : oui ou non jattent vite une reponse parce ke je ve savoir si je lachete ou pas et si ya pas il va me servir a rien et je vee cherchee un ordinateur portable sur leboncoin et une otre personne ??? il fee ??

Moi : En tout cas j’ai des logiciels coquins dedans

10 février 7 h 40

Lui : kel logiciel cokin c kpi ca moi je demande internet et wordoffice svp

Moi : Je plaisante. Laissez tomber et acheter l’autre ordi. Bonne journée

Lui : nn mai il minterese sv il fé ou pa ? je plesante pa je le ve

La folle de la liste

Elle voulait un prix global si elle achetait plusieurs objets. Pour se faire, elle m’a dressé par SMS un inventaire à la Prévert : le jean, la lampe, la plante verte moyenne, les cinq petites plantes avec cache-pot, la grosse plante verte, le carillon, le rideau, le plaid fait main et la radio de douche.

A la réception de mon prix, je reçois une nouvelle liste revue et corrigée : le jean, les cinq petites plantes vertes avec cache-pot, le miroir triptyque, l’horloge de cuisine, la radio de douche et l’appareil photo reflex.

Elle vient le lendemain afin de voir les objets. Le fonctionnement de l’appareil photo est trop compliqué pour elle. Le jean lui plaît beaucoup mais son fils est très grand, les jambes risque d’être courtes. Il est tout de même bien ce pantalon. Elle réfléchit. Elle a envie de l’acheter malgré tout. Elle inspecte la longueur des jambes. Elle hésite. Elle a envie du grand vase qui sert d’aquarium, mais il n’est pas à vendre. Elle se reproche de ne pas avoir vu sur le site cette si jolie statuette ! Le lustre de mamie la séduit, mais quand je lui annonce le prix, elle avoue que c’est bien au-dessus de ces moyens. Elle me renverra une liste. Elle est déjà en retard sur ses horaires, mais nous avons si bon goût.

Nouvelle liste : le miroir triptyque, le rideau, les trois petites plantes avec cache-pot, le carillon, la radio de douche, la mini-chaîne hi-fi, le vase aquarium. Quel serait le prix ? Et avec la lampe ?

Elle repartira avec le tout sans l’aquarium ni le miroir triptyque ni le jean ni le plaid. Elle aussi mettra comme nous les plantes avec petit cache-pot accroché au mur dans les toilettes. C’est une si une bonne idée.

La furie aux meubles de salle de bains

Elle nous avait téléphoné plusieurs fois ce mercredi au sujet d’un meuble de salle de bains. Elle n’avait besoin que d’un mais pour nous faire plaisir elle nous prendrait les trois. Elle allait m’envoyer un mail au nom de Nicole, mais elle s’appelle Naima. Elle avait rappelé car elle ne se souvenait plus des dimensions et sur le site c’est moins sympa. Elle avait rappelé pour dire que son mari passerait dimanche en venant sur Paris. Elle avait rappelé pour confirmer venir dimanche avec son mari.

Le dimanche, je lui envoie un SMS pour qu’elle me précise son heure de passage. N’ayant pas de réponses deux heures plus tard, je lui téléphone. Elle ne se souvient plus de moi, ne veut plus des meubles, raccroche sans attendre la fin de ma phrase. Je lui laisse un message sur son répondeur afin de lui dire qu’elle aurait pu avoir le courage de m’en informer. Je double la parole par l’écrit et il s’ensuit un échange de mail (copier-coller sans censure) :

Moi :  Je vous confirme, vous êtes une personne qui n’a pas de parole et pas le courage de ses décisions

Elle :  Allez au diable, vous êtes un HARCELEUR ! Je n’apprécie pas les menteurs : vous me forcez la main en me racontant que quelqu’un d’autre veut de vos meubles ! Depuis le temps qu’ils sont sur le site, ils auraient dû être vendus si les gens les voulaient.

Ce ne sont pas les meubles qui manquent sur LE BON COIN ou sur EBAY, vos modèles sont anciens & ne se font plus.
J’avais les sous sur moi & j’allais passer mais, malgré votre voix efféminée, votre HARCELEMENT M’A FAIT FUIR ! 
J’étais sur PARIS ce matin & j’ai récupéré 1 meuble mais la dame ne m’a jamais harcelée (quand passez-vous, dites-moi si…,  quelqu’un les veut etc, etc…, vous n’avez pas arrêté depuis hier !).

On se fait pas mal harceler par les vendeuses de magasins qui nous collent aux basques pour nous vendre le moindre truc, je ne supporte pas cela & encore moins pour une transaction entre particuliers pour de l’occasion.

Même démodés, je les aurais pris pour compléter celui que j’ai mais je n’ai pas supporté votre insistance qui est devenue harcèlement. Je suis moi-même vendeuse mais je ne harcèle pas les gens pour les forcer à l’achat.

Vous le saurez pour la suite, j’espère. Quant à m’envoyer 1 mail, ça ne me touche pas, ALLEZ AU DIABLE AVEC VOS MEUBLES ! Au pire, je prends ce que je veux, quand je veux chez IKEA Franconville, même + cher, mais sans que l’on me force la main, OK?

VOUS ËTES MINABLE !  HARCELEUR DE M……. !!!!

Moi : Espèce de cinglée, allez vous faire soigner !

Elle : SALE MENTEUR & HARCELEUR… 

PRESSé POUR 3 SOUS…
 MINABLE !!!

FEMMELETTE !!!

TU NE PEUX PAS ME FORCER A ACHETER TES VIEUX MEUBLES PAR HARCELEMENT !

LE MALADE C’EST TOI, FILS DE P…E !!!


SI TU ME CONTACTES ENCORE UNE FOIS, TU VERRAS SI ON NE VIENT PAS TE FAIRE HONTE DEVANT TES VOISINS  !!! 

Celui qui tient les chandelles

Il voulait acheter des bougies électriques, qui, grâce à leur revêtement en cire avaient la patine des vraies. Ces étonnants objets de décoration au bon goût certain avaient une télécommande.

Ne la retrouvant pas, j’averti, par message, l’acheteur. Il me rappelle et Eric me transmet la communication. Certes, il se voyait bien les actionnant à distance depuis son lit, mais du moment où elles fonctionnent cela lui convient. Nous fixons un rendez-vous dans l’heure qui suit. Il me demande les lui de descendre car des problèmes articulatoires l’empêchent de monter trop d’escaliers.

Dans le couloir, sa silhouette grasse, une jambe repliée, est accolée au mur. A mon arrivée, il conserve sa position, tourne la tête et me présente son seul profil. Les objets sont à son goût. Il me confie être comme moi. Homo, quoi ! Il l’a compris après avoir eu Eric au téléphone. Deux hommes qui vivent ensemble, c’est dégoûtant, non ? Il s’interroge de savoir pourquoi je vends ces magnifiques bougies. Il comprend que je quitte ce quartier et ce pays plein de noirs et d’arabes. Lui-même a décidé de déménager en banlieue en compagnie de ses chats et ses oiseaux. Il ne connaît pas Marrakech mais s’enquiert de savoir si je vais là-bas pour ouvrir un bordel. Certes, les pays musulmans sont puritains, il me conseille alors de porter le voile.

Deux heures plus tard, je trouve un message sur mon répondeur téléphonique. « C’est Clément du 10e, bientôt banlieusard. J’adore les bougies, elles sont face à moi. Bon, la télécommande, j’me la fous dans le cul ! Hein, cuicui ? Si vous avez d’autres objets à la vente, je suis preneur, des plantes fausses, des vraies éventuellement, des objets de décorations, j’aime beaucoup la décoration, des chats, des oiseaux, aussi. Hein, mon cuicui, cuicui ? A très vite, j’espère. »

Le monsieur de la télé

Quand nous parlons ainsi de lui à nos amis, ils pensent qu’il s’agit d’un animateur célèbre. Si Bernard ne passe a priori pas encore sur le petit écran, il est, comme l’homme d’image, fédérateur en ce sens qu’il nous fait oublier les mauvaises rencontres du Bon Coin.

Notre gros et lourd téléviseur Philips acheté  à Toulouse a toujours été l’angoisse de nos déménagements. J’avais l’espoir en le bradant à dix euros que l’acheteur nous en débarrasserait sans avoir surtout à le descendre des six étages ! Quand il est arrivé vers 20 heures, seul, j’ai compris que mon espoir s’envolait. J’allais être contraint de descendre ce blokos avec lui. De plus, la télé ne lui était pas destinée. Elle allait dépanner sa voisine, une dame âgée et seule. L’argument était imparable et a suffi à ravaler mon désappointement.

La télé n’est pas passée par notre porte étroite. Bernard a accepté de revenir deux jours plus tard, quand  nous avions prévu de démonter la porte pour faire passer le congélateur et la gazinière. Ce jour-là, il m’a d’ailleurs proposé de m’aider à descendre ces appareils ménagers ! Proposition incroyable comparée aux acheteurs qui parfois ont refusé ne serait-ce que monter les escaliers.

Cette générosité n’est pas feinte. Nous l’avons vérifiée : Bernard vit une bonne partie de sa retraite à Marrakech, non loin de notre riad ! Quand il nous l’a appris, il nous a proposé que l’on se rencontre là-bas. Avant notre arrivée, il nous a même gratifié d’un email de bienvenue. Cette sollicitude rompt une fois encore avec l’hypocrisie qui règne chez de trop nombreux expatriés. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons ensuite déjeuné chez lui et sa femme. La rencontre est d’autant plus riche humainement parlant que grâce à lui nous avons trouvé une jeune cuisinière hors pair, fille de leur employée, qui devrait travailler avec nous dès l’ouverture.

Alors oui, le Bon Coin peut générer du lien social !


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