Like a bird on the wire


Quand  nous avons ouvert la porte, les orangers et le citronnier du patio avaient imposé de leurs branches et de leurs fruits une présence sauvage et douce à la fois. Les oiseaux qui s’échappaient des chambres aux lits souillés de fiente avaient été un des événements de nos premières visites du lieu en décembre.

Quelques mois plus tard, avec l’arrivée du printemps, nous avons donc découvert deux nids. L’un était discret car logé dans le charnière de la porte du grand salon. Il abritait des espèces de moineaux qui, paraît-il, sont marrakchis car on ne les trouve que dans cette ville. Le second construit par une colombe imprudente était au départ tout autant camouflé, mais plus en proie au danger, puisque niché sur une branche d’oranger.

Cette présence a alimenté une agréable curiosité. J’y ai vu un présage de bienvenue, une annonce de bonheur. Par conséquent, je ne sais pas comment vivre la triste fin de ces volatiles. Cependant, tout événement doit-il être interprété en signe et présage ? 

En dépit de la beauté de cette nature foisonnante, il était urgent de faire tailler les branchages volumineux des arbres. L’humidité, les travaux à venir et la fin de la saison de la coupe ont rendu l’acte nécessaire. Nous avons cependant demandé au jardinier d’épargner la branche habitée. C’est d’ailleurs ce jour-là que les œufs ont éclos. La colombe, un peu déstabilisée par un ombrage désormais clairsemé, a continué de couver sa progéniture.  C’était un plaisir de les découvrir chaque matin un peu plus gros. Tout comme le chant du Bulbul au levé du soleil en écho au premier appel à la prière reste un enchantement – dont j’ai le souvenir car, depuis plusieurs jours, mon sommeil s’installant dans l’habitude est devenu plus profond. Perché sur la rampe de la terrasse, l’oiseau répète le même rituel comme pour affirmer que les humains, en l’occurrence les religieux, ont calqué leurs comportements sur ce que la nature a toujours su.

Puis, nous avons découvert que l’un des deux oisillons gardait le bec ouvert et de jours en jours s’atrophiait alors que son frère prenait de l’envergure. Loi de la sélection naturelle, le nid aurait été trop étroit pour accueillir deux corps. L’un est mort afin que l’autre survive. En effet, nous avons admiré les premiers battements d’ailes du bébé qui a même étiré l’une de ses pattes.

Pendant ce temps, la maman moineau continuait d’alimenter sa progéniture piaillant à chacun de ses passages.

Eric a ensuite eu le sentiment, qui semble justifié, que la colombe délaissait le survivant. Monté sur une échelle, un morceau de gâteau marocain à la main, il s’est approché de l’oisillon. Apeuré, l’animal est tombé de son nid et a crapahuté jusqu’au sous l’un des canapés. Nous l’avons retrouvé dans le trou de la réserve des fontaines, en équilibre sur l’un des tuyaux, les pattes engloutis dans l’eau javellisée. Eric a réussi a tout de même réussi à lui faire regagner son nid. Une heure après sa mère est apparue. Il est évident que notre présence la gênait car son approche restait hésitante et aléatoire. L’oisillon poussait de petits cris affamés. Elle a soulagé sa demandé en engouffrant avec force son bec dans celui du petit.

 Le lendemain pourtant l’oisillon semblait sans vie. Au fil des heures, lui aussi s’est ratatiné. Est-ce la Javel, la chaleur ou le manque de branchages qui ont précipité sa mort ? Peut-être chacun de ces paramètres. Il était encore dépendant de sa mère et la situation n’a pas favorisé sa survie. Notre intervention et notre présence sont-elles responsables ? La certitude est forte mais en rien signe de mauvaise augure.  Et son sort, aussi triste soit-il, fait partie du chemin. Des déceptions, nous en rencontrerons.

Pendant ce temps, les petits moineaux ont continué leur évolution, chaotique, mais porteuse d’espoir. Les oiseaux se sont mis à voler par intermittence. Sous les encouragements de la mère, ils ont fait quelques mètres puis sont retombés sur le sol qu’ils ont arpenté d’un pas sautillant se laissant même caresser d’un doigt.

Scopie, dont les instincts chasseurs ont été frustrés par des années de vie en appartement s’est retrouvé une seconde jeunesse en jetant son dévolu sur l’un deux. Nous sommes intervenus, mais l’oiseau apeuré est resté longtemps dans son nid, et ce malgré les appels de sa mère à arpenter les airs.  Nous avons découvert son frère, mort sur le sol de la bibliothèque. Quant au rescapé, un matin il a suivi sa mère qui l’a engagé à monter toujours plus haut. Après plusieurs tentatives plus ou moins convaincantes, l’un et l’autre ont disparu dans l’éclatant ciel bleu.

Survivre coûte que coûte, persister face aux épreuves et se poser après un choc pour ensuite mieux repartir sont les leçons que nous a offerts cet exemplaire oisillon. La liberté a un prix et elle ne s’acquiert pas sans difficulté, embuches et déception. C’est qui en fait une valeur si noble, nécessaire et vitale.

Nous nous retrouvons, comme à l’occasion des nombreux voyages que nous avons effectués, face à la notion de survie. L’idée de chemin est liée aux conditions – ces volatiles en sont la preuve – mais il tient à nous de les défier et d’y faire face. 

Si nous n’avions pas coupé les arbres, les oiseaux auraient peut-être survécu, mais, nous, pourrions nous être là à tenter de nous offrir un morceau de liberté ? Il y a un prix à payer à toute chose et des victimes collatérales. C’est une vraie violence et une injustice. Cette lapalissade n’est pas à oublier car, parfois, ce chemin que nous avons décider de prendre n’est pas facile et la culpabilité liée à nos choix s’insunie sous des formes étranges.


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