Le premier jour du départ définitif vers Marrakech semble aujourd’hui bien loin. C’était le jeudi 29 mars, il ya donc un peu plus d’un mois. Evidemment, ce n’est pas assez long pour sentir une rupture. La durée correspond à ce qui aurait pu être un séjour pour des vacances.


Pourtant aujourd’hui, à l’occasion de mon bref aller-retour à Paris et en rentrant au Maroc, j’ai compris que Marrakech et le riad commençaient à me manquer. Le voyage a l’allure d’un retour chez soi et plus d’une installation provisoire. Le temps parisien engageait certes peu à la nostalgie. Seule les retrouvailles avec mes proches a pu amorcer de la mélancolie.
Hébergé chez Aline et Patrick, j’ai été voisin de notre ancien chez nous. Désormais étranger et extérieur à l’appartement je n’ai pu voir que la porte close et les plantes du palier dont désormais Patrick, relayant Eric, s’occupe. Je suis rassuré car, confronté à cette situation, je n’ai rien ressenti. Le départ, celui d’après la signature, où nous avons laissé le lieu vide de nos souvenirs fut lui difficile. Fermer pour la dernière fois la porte à clé a été une épreuve que je n’avais pas mesuré quand, le matin avant d’aller chez le notaire, Eric et moi rions de jeter notre matelas dans les escaliers.
Aujourd’hui, je suis tranquilisé car mes émotions ont confirmé que je suis attaché aux gens pas aux lieux.
Je reviens donc au riad dans lequel les travaux vont commencer dans quatre jours. Je n’imagine pas la vie que nous aurons pendants les deux à trois mois que le chantier va durer. Avec nous, le lieu évolue comme s’il s’agissait de le conformer à nos désirs, de le mouler à notre image, de nous y installer, de s’apprivoiser mutuellement.
Quand nous y sommes arrivés, nous avions les clés mais le sentiment d’appartenance n’était pas présent. La signature avait été retardée d’une semaine en raison de l’absence de papiers sur le fonds de commerce qu’il était nécessaire d’obtenir. Je n’ai pourtant ressenti aucune injustice et encore de moins de crainte de pas accéder. Je pensais seulement à Scopie muette dans son panier qu’elle n’avait pas quitté depuis douze heures, à Aline et Patrick qui allaient arriver sans avoir peut-être de lieu décent dans lequel les recevoir – l’appartement provisoire au Gueliz fut au contraire une bonne surprise et l’occasion de découvrir cette partie de la ville. Nous n’avions pas les clés, constat réel du travail symbolique d’intégration qu’il va falloir fournir pour s’intégrer. Ces codes à apprendre rendent le trajet passionnant.
Une semaine après, lorsque nous avons tenu enfin dans nos mains ces fameuses clés, j’ai donc malgré tout persisté dans le sentiment de squatter, presque de façon illégitime, un lieu habité par d’autres. Le riad toujours meublé, même sommairement, avec ses lits faits n’est pas un lieu vide de souvenirs. L’absence d’électricité imposant des nuits passées à la lueur des chandelles ont renforcé l’état de clandestinité.


La vraie transition eut lieu quelques jours plus tard, provoqué par le départ d’Aline et Patrick. Sur le chemin vers le riad après les avoir laissé dans le taxi, j’ai réalisé que Eric et moi rentrions vers ce qui désormais était chez nous. Nos amis n’étaient que de passage et nos chemins si proches se séparaient. Nous n’étions pas seuls puisque nous rentrions Eric accompagné par moi et moi par lui. Ce que nous recherchions prenait forme. Nous retrouvions l’étrangeté de l’arrivée dans un lieu nouveau, pas familier. Comme à Lagny-sur-Marne, Toulouse ou Paris tout est à construire et en devenir. C’est évident, l’entreprise reste cependant ici décuplée.
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